Certes, le football se joue à onze, voire à quatorze avec les remplaçants. Mais, mercredi, ces deux-là, Filippo Inzaghi et Dida, ont fait ce que leurs supporteurs attendaient ou espéraient d'eux. Par trois fois, Dida le Brésilien sauvera le but milanais : sur un tir de Jermaine Pennant (9e) ; dans un face-à-face avec Steven Gerrard (63e) ; en détournant une frappe lointaine de Dirk Kuyt (85e).
Entre-temps "Pippo" Inzaghi aura fait honneur à sa réputation de chipeur de ballon, d'opportuniste de la surface de réparation. 44e minute : sur un coup franc tiré par Andrea Pirlo, à 22 mètres de la cage anglaise, la balle rebondit sur l'épaule de l'avant-centre milanais et prend le gardien de Liverpool à contre-pied. 82e : le même Inzaghi profite d'une défense statique et glisse la balle sous le ventre de José Manuel Reina. Deux occasions, deux réalisations, carton plein.
Il ne court pas très vite "Pippo", il n'est pas très costaud non plus (1,81 m, 74 kg), mais il marque : 38 buts en 57 matches de Ligue des champions. L'entraîneur de l'AC Milan, Carlo Ancelotti, avait pourtant hésité à le titulariser pour cette finale. Le jeune (dix ans de moins) Alberto Gilardino, semblait même favori pour occuper la pointe de l'attaque. Filippo Inzaghi a montré qu'avant sa retraite il voulait encore effectuer un ou deux semestres d'activité. Son cadet et rival l'a seulement remplacé en fin de match (86e).
PEU D'ÉCLAIRS
Trois minutes plus tard, Dirk Kuyt, d'une tête impeccable, permettait à Liverpool de réduire le score. Il restait le temps d'une chanson à jouer. Les supporteurs anglais entonnèrent leur You'll never walk alone, hymne de leurs grands soirs de football, en rêvant à une seconde édition de la finale de la Ligue des champions 2005. C'était à Istanbul : l'AC Milan, qui menait 3 à 0 à la mi-temps, avait été rattrapé au score par Liverpool et battu aux tirs au but. Ce scénario renversant restera unique et celui de cette année fut bien moins palpitant.
Car les deux équipes se sont beaucoup neutralisées au milieu de terrain. Et les joueurs sur qui tout le monde comptait pour assurer le spectacle ont surtout travaillé dans l'ombre. Le Brésilien Kaka pour l'AC Milan et Steven Gerrard pour Liverpool ont produit peu d'éclairs. L'enjeu a sûrement trop pesé sur la rencontre.
Malgré tout, l'AC Milan a remporté sa septième finale de Coupe d'Europe, ce qui n'est pas rien. Le club appartenant à Silvio Berlusconi est revenu de très loin pour ramener ce trophée à la maison. Sanctionné, à l'issue de la saison 2005-2006, par la Fédération italienne dans l'affaire des matches truqués du Calcio, l'AC Milan s'était qualifié in extremis pour la Ligue des champions en passant par le tour préliminaire.
Le club lombard a commencé le championnat d'Italie avec un handicap de 8 points. Distancés dans la course au titre, les joueurs de Carlo Ancelotti ont concentré leurs objectifs sur la plus prestigieuse des coupes européennes, comme Liverpool. Mais, mercredi, c'est Paolo Maldini, le capitaine milanais, qui avait le sourire aux lèvres. C'est la cinquième fois qu'il soulève ce trophée (1989, 1990, 1994, 2003, 2007). Il a perdu trois finales, dont celle d'Istanbul, qui lui reste sur le coeur. Lui qui a toujours joué sous le maillot rayé rossonero de l'AC Milan rêve déjà d'une victoire en 2008. Paolo Maldini aura 39 ans en juin. Pas question de retraite non plus pour lui.